Fr. Hilario: « J’admire le courage et le réalisme d’aujourd’hui»
Fr. Hilario: « J’admire le courage et le réalisme d’aujourd’hui»
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Fr. Hilário Frighetto: Sixième de huit frères, 56 ans dont 36 de profession religieuse chez les capucins et 28 de prêtre, né au Brésil mais de culture Italienne. Les 4 grands parents étaient immigrants italiens, petits agriculteurs appelés au Brésil pour occuper et défendre la terra (forêt) que les indigènes, représentés dans le film Mission, utilisaient pour la chasse et pour cueillir une herbe à thé. Dans la région encore aujourd’hui on parle l’italien et on maintient la culture et les traditions du nord d’Italie.
Les études. Séminariste depuis les 12 ans. Les études, à cause du grand nombre de candidats, étaient faites dans le séminaire et seulement pour les séminaristes. L’étude de philosophie a eu lieu dans l’université tenue par les capucins mais ouverte au grand public. La théologie rassemblait les grands séminaristes de 15 diocèses, dans la Pontifical Université Catholique maintenue par les frères Maristes. Ordonné prêtre, j’étais nommé vicaire paroissial pendant trois ans, puis cinq ans comme curé en mon pays natal. Ensuite je fis un premier séjour de 4 ans à Rome comme secrétaire du CPO V et adjoint dans l’imprimerie de la curie générale. En même temps j’étudiais et obtenais la licence en histoire de l’église et en Théologie Patristique. Cela m’a ouvert un nouveau champ de travail.
Professeur. J´enseignais l’Histoire de l’Église et la Théologie Patristique de 1987 à 1991 dans l’école de Théologie des capucins et en six des huit instituts de théologie du Rio Grande do Sul, et dans la province Fille du Brésil Central. Cela était possible par des cours ordinaires et intensifs au matin, au soir, à la nuit, les fins de semaines et pendant les vacances. De 1992 à 1995 j’était secrétaire des 7 diocèses du Mato Grosso (au centre du Brésil) et coordinateur du centre de formation inter-diocésain de l’Etat de Mato Grosso (plus grand que la France)
De 1995 à 2002, à Rome, je participais a des commissions et réalisais le service de presse. Avec la diffusion de l’Internet le service d’imprimerie fut redimensionné. Alors, durant deux ans j’étais en même temps recteur d’une église et gardien de la fraternité de La Consolation au centre historique de Rome et, pour quatre mois, en attendant l’arrivée des frères du Pologne, j’étais gardien en Frascati. Le 26 septembre 2002 marque mon arrivée en France, à Saint-Étienne.
La Province de France dans la Province du Rio Grande do Sul (Brésil)
Les frères de la Province de RS, ont une grande estime pour le peuple et pour les capucins Français. Le français était la deuxième langue de beaucoup de Brésiliens. C’était considéré langue scientifique. Aujourd’hui presque toutes les écoles prennent l’anglais comme langue étrangère. Pour la formation des capucins et du clergé jusqu’à 50 ans, la bibliographie générale, c’était le français. Aujourd’hui on trouve plusieurs textes traduits ou élaborés en notre langue.
Les capucins Français ont eu une importance essentielle dans l’Eglise du Brésil. Pendant de longues années ils ont dirigé les grands séminaires de São Paulo et de Porto Alegre et ont eu en charge le plus important séminaire diocésain à Caxias do Sul, siège de la Province. (En tout le Brésil, seulement en 1994 le nombre du clergé diocésain était égal pour la première fois au nombre du clergé religieux et une bonne partie du clergé a été formé par des religieux).
Depuis 1996, centenaire de l’arrivée des capucins de Savoie au Sud du Brésil, chaque année on fête le centenaire de leur présence ou des ses oeuvres en différentes villes : Le centenaire de la cathédrale de Vacaria, de l’église de Garibaldi, de la presse, d’un séminaire, d’une association, de la fondation des Sœurs Aparecidinhas…
Moi j’ai connu personnellement le dernier des fondateurs : Fr. Exupère de Chambéry. En 1968 j’étais chargé de ranger sa chambre et de soigner les blessures conséquentes d’une piqûre de scorpion quand il était au Liban, comme étudiant. Fr. Exupère a composé le livre “Aprendei a música”, Manuel d’initiation musical encore aujourd’hui réédité. Il était bien connu par les belles compositions de messes.
Pourquoi suis-je en France ?
J’ai vécu à Rome, dans la curie générale pendant 11 ans en deux étapes. En principe, le Ministre général demande aux Provinces des frères pour six ans plus le temps d’apprendre la langue et l’office et le temps d’entraîner un successeur.
Pendant la rencontre avec la conférence des provinciaux du Brésil en 2002, le Ministre général a présenté de nouvelles exigences à la province de Rio Grande do Sul et m’a mis à la disposition du provincial en disant qu’il était content de mes services mais qu’en raison de mes possibilités et des besoins de la province il n’avait plus de courage de demander au provincial de prolonger ma présence à Rome.
C’était le moment où tous les 6 frères de la province du Rio Grande do Sul qui étudiaient ou qui étaient en France comme présence fraternelle étaient repartis au Brésil. Je me suis proposé pour continuer la présence de la province de Rio Grande do Sul en France. Le provincial m’a remercié de ma disponibilité, mais il m’a dit qu’il y avait beaucoup d’attentes et de besoins dans la province et qu’il me laissait du temps pour accueillir la volonté de l’Esprit.
Moi j’ai considéré qu’il ne fallait pas interrompre la présence de la Province-fille en France et qu’il serait plus facile pour moi de me déplacer de Rome que de trouver un autre frère dans la province au Brésil.
Personnellement je considérai l’opportunité d’apprendre la langue française et de continuer à me soigner dans le Nord de l’Italie. Une fois que la prévision de rester à Rome était brusquement interrompue, à ce moment-là je me sentis un peu perdu. Comme l’administrateur de l’évangile je me suis posé des questions : Retourner à l’enseignement ? Je n’avais plus de livres ni de notes ; revenir à l’activité paroissiale ? Je craignais de n’arriver plus… J’avais planifié de faire quelque spécialisation pour être utile à la province mais je ne suis pas arrivé a concrétiser le projet.
Quelle part a eu l’Esprit je ne sais pas mais je considérais que vivre une période en France c’était la meilleure solution. Et je continue a croire que oui. Et je suis là. Dès le premier moment, pour faire entendre que ma venue n’était pas une visite ou une période de tourisme, j’ai dit aux différentes instances qui m’ont accueilli que je resterai en France pour dix ans, c’est à dire, que je dédierai ma jeunesse à la France. Et je commence déjà à penser qu’il faut penser à prolonger ce séjour un peu plus !
La Province de France comme je la vois.
J’admire son passé. Je lis l’histoire de la province de Lyon qui souvent englobe les capucins de toute la France. Je suis étonné par la rapide et grande expansion numérique des frères, par la persévérance et pour les recherches de solutions devant les difficultés, pour le courage de recommencer plusieurs fois. J’admire sa longue présence dans les missions. Envoyer continuellement des frères en mission, les accueillir malades ; enregistrer les morts soit par accident, soit par la guerre… Les initiatives des provinces pour soutenir économiquement les missions et pour leur donner des structures… La reprise de l’action apostolique et sociale après les destructions, les vols… Les différentes manières de rendre participatives les personnes, institutions et mouvements dans l’action missionnaire (collectes, revues, bulletins d’informations). La persévérance malgré le peu de résultats.
J’admire le courage et le réalisme d’aujourd’hui. On ne se fait pas d’illusions; on est conscient des limites du nombre, de l’âge et de la santé; on vit la fraternité avec réalisme, les pieds dans la réalité, sans pessimisme, sans regrets, avec courage, optimisme et ouverture envers le futur.
-La manque de jeunes candidats est une réalité qui ne dépend pas seulement de nous. Les portes de nos maisons sont ouvertes. Il y a de bonnes initiatives de promotion vocationnelle.
-Il n’y a pas de novices mais le maître de novices est là
-Les jeunes en formation ne sont pas nombreux mais il y a une équipe de six frères qui s’intéressent à leur formation. Ils se rencontrent, ils étudient, ils font des cours de formation pour bien les suivre.
Fr. Hilário